janvier 2020

Mélanie Baillairgé

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Le travail de designer / The work of a designer.

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Carte à gratter

baillairge-johnWayneGacy

Ma seule et dernière illu faite sur scrachboard, pour Urbania 2007, Article sur les murderabilias. J'avais envie d'essayer de bien dessiner, pour une fois.

La semaine passée j’étais conférencière invitée à l’uqam dans le cadre du cours «initiation à l’illustration».
Après la période de question (umpf!) nous nous sommes dirigés vers leurs travaux accrochés au mur. Stupéfaction ! Plus de la moitié utilisaient le Prismacolor ™ (oui comme on faisait en 3e année) pour leurs rendus et ma foi, je ne crois pas qu’on puise parler de rendus. Il y a bien une étudiante qui a élevé la voix en soutenant qu’on pouvait très bien faire de jolies illustrations en Prismacolor ™ – ce que je ne réfute pas car oui, je suis au courant qu’il existe d’excellents illustrateurs qui empruntent ce médium, dont celui qu’on engage à chaque année pour colorier la fameuse boite de carton rouge – mais ce qu’il y avait accroché là, au mur, vraiment c’était pas de niveau universitaire, même pour un sketch.

Adorablement caché au fond de la salle, une petit carton noir gratté qui laissait transparaitre de la cire bleue. Malaise. Je me retrouve à devoir critiquer positivement un dessin sur une carte à gratter artisanale – type « service de garde » . Je prends mon souffle, laisse un petit silence passer, sent la classe bailler, et m’étonne de l’encourager dans son geste. Premièrement, en lui indiquant de chercher (irchhh!) sur l’internet la vraie recette de la carte à gratter faite maison : la sienne utilisait maladroitement un mélange d’acrylique noire sur craie de cire crayola™ (on s’en sort pas) et toutes ses surfaces grattées avaient suivit le trait de son aiguille, de sorte qu’on voyait d’avantage de mottons noirs accumulés et des plages de cire bleue que ce à quoi il avait espérer arriver. Je lui ai conseillé de se payer une belle feuille de carte à gratter chez Omers de Serres, pis de retourner tripper dans sa folie du détail.

Parce que en fait le gars, il avait l’air d’avoir un bon fond. Un peu mou, mais un bon potentiel. Le type street art genius en devenir. Me suis dit que mes mots allaient être déterminant dans son envie de continuer à se dépasser. Oui j’ai un certain niveau de prétention.

En fait c’est le sentiment global avec lequel je suis sortie de là : marcher sur des jeunes fragiles, blasés et qui ne le savent pas encore mais qui ont besoin qu’on leur fasse attention. T’imagines? Moi ! Je leur ai fais attention! Je pensais que j’allais plutôt leur exploser la tête à force de combattre leur mollesse et de fénéance.

En tout cas il n’y en a pas un seul qui va venir me voir dans 5 ans pour me dire «Merci madame, quand vous m’avez brassé en 2009, j’en avais vraiment besoin. » Parce que je n’en n’ai pas brassé un seul. J’étais d’une compassion et d’une gentille exemplaires. Faut dire qu’ils étaient assez déçu que je ne sois pas l’exubérant Bruce Robert ou le délicieusement tragique Lino, ou que je ne me sois pas donné en spectacle ou dévêtue par surprise. Non. Rien de spectaculaire. Juste moi, la madame qu’on connait pas habillé en noir pis qui répète sans cesse qu’il existe à l’extérieur de ces murs des gens qui savent très bien dessiner et qu’on a du pain sur la planche pour y arriver.

Me suis peut-être assuré une batche de moins sur le marché du travail.

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